Textes
Nishioka Tsuneo Sensei
        Note Liminaire et Avertissement concernant la Rubrique « Expressions Personnelles » 
 
La présente rubrique « Expressions Personnelles » regroupe différentes contributions personnelles, qui proviennent de membres de Gi-Yô-Shin Dôjô. 
Afin d’éviter tout risque d’amalgame, cette rubrique spécifique est volontairement présentée à part des textes « de fond » traitant de nos disciplines martiales (Nishioka Tsuneo Sensei, Pascal Krieger Sensei), ainsi que de toutes les autres rubriques « collectives » présentes sur notre site de Gi-Yô-Shin Dôjô.
Il s’agit bien ici d’une sorte de « Tribune libre », permettant à un membre de Gi-Yô-Shin Dôjô de « partager » sur un sujet particulier qui lui tient à coeur. en lien avec nos disciplines.  
Ce partage-plaisir pourra alors prendre toutes sortes de formes écrites, essai, réflexion, retour d’expérience personnelle, poème, haiku, dessin humoristique, etc.  
Chaque contribution personnelle n’engage ainsi que son auteur.

Pascal Krieger Sensei
Loris Petris
« La calligraphie, c'est la philosophie en action ! »
Expressions personnelles
        « La calligraphie, c'est la philosophie en action », voilà ce que déclare Pascal Krieger, mon Maître de Shodô, dans « Deux ou trois choses que je sais sur le Budô », une triade de vidéos sur lesquelles je suis tombée par un généreux hasard. Quand je trace les concepts qu'il m'envoie par la poste c'est en même temps un débat qui s'ouvre et qui chemine...
        Exemple avec l'un des derniers : « Tate No Ryô Men Wo Mi Ru », « Regarder des deux côtés du bouclier ».
           Lorsque je l'ai reçu, pas d'attirance immédiate pour le sens, contrairement à « Ji Ta Kyô Ei », « Prospérité mutuelle » ou « Mato No Mukô », « Au delà de la cible » ou bien d'autres encore qui m'inspiraient d'emblée . Par contre, quelque chose qui parle à travers les yeux et le désir de tracer, de se confronter aux signes, à leur mémoire récalcitrante, d'entrer dans leur beauté, de chercher à la rejoindre et à y goûter...
        Puis quelques réflexions se faufilent et chaque porte ouverte en révèle de nouvelles...
Tate No Ryô Wo Men Mi Ru, Regarder des deux côtés du bouclier
Joute à Sète
De droite à gauche : style Kaisho, style Gyosho, style Sosho, style Reisho, style Tensho
        Dans un combat, ne pas se contenter de regarder d'un seul côté du bouclier, histoire de jauger la situation avec plus de latitude. Certes... En traçant, le style Kaisho effleure «Omoté», la « surface des choses », les tracés sont nets, chacun séparé du suivant : c'est l'aspect évident du concept.
        D'un style d'écriture à un autre, répéter les signes en silence … Dans les courbes souples du style Gyosho, chaque trait tend vers le suivant. Leurs liens se devinent dans l'espace vide de la feuille. Le pinceau a laissé son empreinte invisible mais perceptible, une voie ténue. Le bouclier prend de l'ampleur. Le bouclier, une « protection », une armure mobile contre un « ennemi » dans un combat où tout peut basculer.
        Le côté intérieur du bouclier tourné vers son porteur et l'autre face qui fait front vers l'extérieur.
        Le bouclier entre soi et l'environnement, les autres et soi. L'encre coule, mêlée à l'eau. L'aspect 
physique de l'objet a pénétré la densité du symbole.
        S'exercer aux cinq styles, Kaisho, Gyosho, Sosho, Reisho, Tensho, sur un même concept en petit puis très grand format incite au déploiement du temps. Cela engendre une ouverture au sens du thème qui dépasse le champ de la feuille. Qui dépasse l'espace de l'exercice...
        Le corps lui même, un bouclier entre la vie intérieure et le monde extérieur ? Un bouclier face à ce qui est ennemi dans ce monde extérieur ? Et quel type de bouclier mettre en œuvre contre nos ennemis intérieurs ? Ce qui est ressenti comme ennemi l'est-il vraiment ? 
Entrent en jeu, la connaissance de soi et d'autrui, l'identification des zones d'ombre, les possibilités d'ouverture aux autres, ceux avec lesquels ça fonctionne tout de suite, ceux avec qui il y a un espace-temps pour créer l'ouverture, ceux avec lesquels, c'est difficile.
        « Regarder des deux côtés du bouclier » : côté intérieur, même chantier avec les parts de Soi parfois alliées mais qui savent aussi s'interposer, s'opposer, se contredire et nous défier. Alors, poser le bouclier, se relever les manches, tranquille ! Et « l'adversaire », en face, que voit-il ? Se pourrait-il que chacun de nous soit comme la Méduse se découvrant dans la surface miroitante du bouclier de Persée ? Rester tranquille...
        Style Soshô, fluide, liquide, une rivière qui bondit et se coule sur les obstacles... toujours le même concept, les pages défilent...
        Comment ne plus avoir besoin de ces innombrables boucliers susceptibles de se transformer en châteaux-forts pour se défendre d'un adversaire potentiel, réel, imaginaire, de ceux qui s'interposent en créant des résistances étanches ?
        Les simples boucliers m'évoquent les joutes nautiques de Sète où ils aident les combattants à garder l'équilibre et leur évitent (parfois) de tomber à l'eau en les protégeant des lances acérées de leurs adversaires. 
Ces armures de bois sont là pour qu'il y ait une deuxième chance, une troisième, pour jouter encore, aller de l'avant, progresser, assouplir la capacité à résister et à nager sans blessures. Les adversaires sont là pour ça aussi. 
        Style Reisho. Le noir de l'encre laisse apparaître des reflets de lumière, de belles éclaboussures !
        « Regarder des deux côtés du bouclier » avec un certain détachement, rendre plus paisible ce qui ne l'était pas. Les tracés : des amis qui éloignent les joies et les douleurs violentes pour juste laisser apparaître ce qui se passe dedans/dehors, laisser jouer les transparences. Respirer.
        Le dernier des styles travaillés, le Tensho, incite à réaliser des traits ayant tous la même épaisseur, c'est le style originel du Shodô.
        Prendre le temps de la méditation, histoire de répondre aux questions qui ont surgi... C'est long comme l' art du Shodô... 
Tout cela nous entraîne vers un autre thème donné par Pascal Krieger, « Ware Tada Taru (Wo) Shiru », « Connaissons nos besoins »
        Calligraphie et philosophie font partie des arts vivants, elles riment et jouent ensemble en un vaste éventail de tempos. C'est ainsi qu'elles me surprennent le pinceau à la main entre deux expirations ou au cours d'une promenade, ici et là !
        Ces quelques réflexions n'ont rien d’exhaustif, juste une entrée en matière suscitée par l'intérêt des thèmes Shodô / Philo proposés par Pascal.
Marie Ponsot 29/05/2020 puis 26/08/2020